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Je kiffais Maria !

Ce matin ma peine est immense. Et ma colère aussi.

Maria, c’est une vieille dame de ma rue. Vous ne la connaissez probablement pas. Il n’y a pas de raison. Ce matin ses volets sont clos. Ils le resteront. Définitivement.

Maria, j’allais régulièrement toquer à sa fenêtre pour lui dire bonjour, prendre des nouvelles. Maria était petite et montait sur un petit banc pour être au bon niveau pour faire la bise et discuter en s’appuyant sur la rambarde de sa fenêtre. À chaque fois il me fallait me battre pour refuser les fruits, le paquet de petits gâteaux secs, ou les bonbons pour les enfants qu’elle tenait absolument à me donner... Car Maria avait une petite retraite. Je ne gagnais jamais : ça l’aurait fâchée si j’avais persisté trop longtemps à refuser ! Beaucoup de voisins étaient dans mon cas. J’allais dire des adultes comme des enfants… Mais pour Maria, nous étions tous des enfants.

Maria ne savait pas lire. Mais elle avait les idées bien arrêtées sur ses choix. Forgées à l’aune de sa vie. À la veille du premier tour des élections municipales, elle voulait que je lui montre quel était le « bulletin de monsieur Didier ». Et à cette occasion, elle m’a apporté le plus joli soutien de toute la campagne, sur le ton de la confidence, avec son phrasé si particulier, dans lequel je ne comprenais qu’un mot sur deux (mais toujours le bon) : « Vous savez monsieur Philippe… Bon, je sais bien que tout le monde il ne croit pas à ça comme moi, hein… Mais, monsieur Philippe, pour vous... et pour monsieur Didier... hier je suis allé brûler un cierge ! »

Ses choix, Maria les avait construits au fil d’une vie qu’elle n’a pas eu facile.

Arrivée du Portugal, elle a trimé longtemps dans un grand hôtel de luxe parisien. Où son salaire était inversement proportionnel aux revenus des clients.

Elle était dure au mal, Maria. Quand un jour elle s’est coupée un doigt, elle s’est fait un pansement toute seule et elle est retournée au travail. Et jusqu’à ce dernier mois d’août, les médecins ne la connaissaient pas.

Elle a eu son lot de malheurs. Son plus grand je crois aura été la perte de sa petite fille, dont elle conservait pieusement le portrait accroché au mur à la tête de son lit.

Maria était discrète. Elle ne demandait rien, faisait ses courses, allait au marché, voir ses copines, rendait service à tout le monde, n’attendait aucune reconnaissance... Elle se souciait de ses voisins. Cet été encore, elle qui parlait plus le Portugais que le Français soutenait de toutes ses forces une vieille voisine qui ne parle qu’Espagnol et qui venait de perdre son fils. Nous n’étions pas nombreux au cimetière. Maria y était.

Maria avait une vie simple. Mais elle faisait espérer en ce qu’il y a de mieux en l’espèce humaine.

Maria était croyante. Moi pas. Mais si je l’avais été, je serais bien tranquille aujourd’hui. Car je sais qu’elle aurait une place de choix tout près de son Dieu. Prête à le remplacer s’il était un peu fatigué ; ou à lui offrir des fruits, des petits gâteaux sec, des bonbons...

Mais je ne suis pas croyant. Alors ma peine est immense.

Et ma colère aussi. Car si vous vous demandez pourquoi je suis militant communiste, Maria est la réponse : si elle a eu la vie dure, c’est pour que quelques-uns puissent vivre dans l’opulence.

Elle est partie hier, sans bruit.

Et je ne suis pas d’accord.

Alors je fais du bruit.

Et je dis son nom : Maria Da Silva Martins.

Les Maria sont encore légion.

Alors je ne lâche rien.

De toute mes forces, pour toutes les Maria du Monde.

Tag(s) : #Saint-Denis, #Plaine-Saint-Denis, #Je kiffe

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