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Je refuse le plébiscite

[ Petite mise au point sur le processus de désignation du candidat aux élections législatives de 2017 dans la section locale de mon Parti. ]

Officiellement, le processus de désignation du candidat pour les prochaines élections législatives des 2017, dans la circonscription du nord de Saint-Denis, a été lancé (et validé) en Assemblée générale de la section locale du PCF mercredi dernier. Le vote qui va clore ce processus doit théoriquement se tenir en cette fin de semaine..
Entre les deux dates, il est censé y a voir un appel à candidatures fait à tous les adhérents, puis établissement d’un bulletin de vote sur les retours à cet appel, puis vote. Je peux déjà vous donner le résultat de cette procédure expresse : ce sera mon camarade Stéphane Peu qui sera plèbiscité.

Mon propos n’est pas ici de discuter des mérites de mon camarade, qui sont connus. Et reconnus d’ailleurs par le Président François Hollande qui lui a attribué la Légion d’Honneur pour services rendus. Ce qui lui vaut de voisiner désormais avec des gens bien comme il faut, comme le Prince héritier d’Arabie Saoudite récemment récipiendaire de la même distinction, par exemple. On pourrait aussi discuter du très mauvais signal que nous donnons ainsi en matière de cumul des mandats, de manque de représentativité sociologique et salariale de la population de notre ville ; ou du manque de renouvellement des élus dans notre ville. Mais ce n’est pas là non plus l’objet de cet article. Non, le sujet de ici est le processus lui-même de désignation du candidat.

Presque partout ailleurs en France, mon Parti se donne jusqu’à juin pour désigner ses candidats dans les circonscriptions pour les élections de 2017. C’est le cas d’ailleurs dans l’autre circonscription de Saint-Denis Sud, où est pour le moment élu le président du groupe PS à l’Assemblée Nationale.

Mais pas ici : d’en haut, le calendrier de désignation a été accéléré.

Une telle accélération j’aurai pu la comprendre dans le cas de députés sortants, qui se proposaient de se représenter. Mais dans les autres cas, elle n’est pas justifiée. Elle fait l’impasse —sinon court-circuite— les débats de fond qu’ont a mener les communistes. Ce qu’ils s’apprêtent d’ailleurs à faire dans le cadre de leur congrès qui commence en ce moment.

Il y a pourtant quelques questions de fond qui nous taraudent. En voici quelques unes, d’un inventaire loin d’être exhaustif :

• Quel est le projet communiste d’aujourd’hui ?

• Comment retrouver le chemin des quartiers populaires et des salariés, trop souvent absents aussi bien des luttes que des urnes ?

• Face à l’impasse du PS, l’alternative à gauche n’est elle pas aussi dans l’impasse ?

• Comment contribuer à l’émergence d’une alternative de gauche face à la gauche de Hollande, qui fait l’inverse de ce pourquoi elle a été élue ; aussi bien que face à la droite qui, elle, fera ce pourquoi elle est élue : une politique anti-sociale ?

• Comment reconstruire un Parti localement (et sans doute au delà) qui soit moins « hors sol » ?

• Faut-il que le PCF porte son drapeau seul ? Le Front de Gauche, où les familles se déchirent, doit-il s’arrêter ou bien continuer ? Mais alors sous quelle forme pour dépasser ses limites actuelles ? Ou un peu tout ça ?

• Pour les prochaines échéances électorales (qui sont dans plus d’un an ) doit-on tout espérer au niveau national de l’aventure personnelle d’un Jean-Luc Mélenchon ? Et au niveau local d’un Stéphane Peu ? Où bien faut-il s’en remettre à une primaire à gauche avec la gauche du PS, que certains de mes camarades semblent avoir déjà décidé ? Et dans ce cas quel est le sens d’une candidature PCF, alors que localement le député « frondeur » est celui de la circonscription nord de Saint-Denis où le candidat sera désigné à la fin de la semaine ? Alors que le député du PS « gouvernemental » est celui de la circonscription du sud ? Ou alors faut-il chercher d'autres chemins et lesquels ?

• Comment localement permettre le renouvellement des candidats et des élus ? En présentant toujours à peu près les mêmes depuis 20 ou 30 ans à toutes les échéances électorales ?

• Comment cesser de réduire le PCF et le Front de Gauche à des écuries électorales, à la peine pour se mobiliser et agir en dehors des élections ? Ceci sans pour autant les négliger ?

Heureux soient ceux qui ont des réponses simples à ces quelques questions. Ce n’est pas mon cas. Et je pense que toutes ces questions et bien d’autres auraient mérité un vrai débat apaisé. À l’issue duquel nous aurions pu prendre des décisions éclairées, assumées et partagées. Tel ne sera donc pas le cas.

Mon Parti comme beaucoup d’autres, a parfois dans ce genre de situation la tentation d'une légère tendance à vouloir imposer le « rester groupir ». C’est à dire à gommer les différences de points de vue, sinon à les nier. C’est ainsi qu’une décision majoritaire du bureau de section local d’appuyer la candidature d’un candidat et d’éviter la possible émergence d’autres, se transforme vite en une décision de « tout » le bureau de section. Et il n'est pas impossible que si je n’écrivais pas ces lignes, un vote majoritaire et pas unanime de quelques dizaines de communistes de Saint-Denis devienne vite un globalisant : « les communistes ont décidé que .../... Fermez le ban ! ». Un héritage qui perdure du « centralisme démocratique »…

Mais avec beaucoup d’autres, je suis de la génération de communistes qui a enterré ce « centralisme démocratique ». J’en espérai moins de centralisme et plus de démocratie. Le bilan reste à tirer, mais c’est une autre histoire.

Alors je tiens ici à ce que les choses soient claires : je ne partage en rien ce processus de désignation tel qu’il se déroule à Saint-Denis. Ce n’est pour moi qu’une mascarade, qui vise au plébiscite d’un seul, que certains, ailleurs dans les instances, ont déjà choisi.

Je refuse donc de voter dans le cadre de ce processus. Mais refus de vote n’est pas condamnation au silence.

Alors conformément à nos statuts (dernier alinéa de l’article 4.2 : « En cas de désaccord, tout-e adhérent-e- garde le droit de défendre et d'exprimer son point de vue. « ) je ne soutiendrai pas ce qui pourra être issu d’un tel processus. Et je continue à appeler de mes vœux l’émergence d’une véritable alternative à gauche, capable aussi de construire collectivement les candidatures de femmes et d’hommes pour l’incarner.

Tag(s) : #Saint-Denis, #PCF-FDG, #PCF, #Front de gauche, #Elections, #Débats, #Elus

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