Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

… il faut que nos concitoyens s’emparent collectivement des débats, des enjeux, des indignations, des décisions et du pouvoir. Qu’ils ne laissent aucun d’entre nous décider en vase clos, seul ou en petits comités, de ce qui serait bon pour tous.
Je crois en la vertu de l’intelligence collective. Et même si c’est difficile et que les obstacles sont nombreux, je souhaite y contribuer.

Philippe Caro, conseil municipal du 14 avril 2016.

Intervention au conseil municipal suite à mon éviction de la délégation au logement

À l'occasion de la question de l'ordre du jour du conseil municipal portant sur la « convention avec l'État pour l'enregistrement de la demande de logement », je suis revenu hier soir en séance sur mon éviction de la délégation au logement. Je publie ici mon intervention dans son intégralité.

Cette séance du conseil peut aussi être revue sur le site Internet de la ville dans quelques heures (intervention vers 23h45).

TÉLÉCHARGER L'INTERVENTION EN PDF.

« Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté. »

Monsieur le maire, au moment où vous me retirez la délégation au logement pour avoir refusé en décembre dernier d'augmenter nos indemnités d'élus, et en mars d'augmenter de 10% les taux d'impôts locaux de nos concitoyens ; je voulais donner la parole dans notre assemblée à un dionysien dont un lycée, une rue et une cité de notre ville portent le nom : le poète Paul Éluard.

C’est aux générations qui ont porté haut les valeurs de ce poème que je veux être fidèle.

Je suis un élu communiste et Front de Gauche, de la majorité. Engagé par le projet municipal pour lequel nous avons été élu.

Un élu qui dit ce soir sa fierté que cette délibération que nous allons voter —que la nouvelle maire-adjointe au logement présente mais que j’ai préparé—, affirme notre « choix de remplir une mission de service public de proximité en matière de défense du droit au logement ». Et qu’elle soit, avec ma participation à la conférence de presse à Stains des maires contre les expulsions locatives et ma participation au rassemblement d’élus d’Ile-de-France contre la suppression des aides au logement HLM par le Conseil Régional de droite ; mon chant du cygne en qualité d’élu chargé de la délégation au logement.

Un élu déterminé à défendre des valeurs quand certains s'égarent à défendre des intérêts. Dans ma vie personnelle et professionnelle, ça a un coût. Mais ça n'a pas de prix !

En son temps Antonio Gramsci, observait que « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Aujourd’hui un peu partout les monstres sont nombreux.

Pour nous ici ce soir, le monstre s’appelle « caporalisation » des élus du conseil.

Mais le monstre est aussi la désespérante alternative à laquelle on veut localement nous contraindre dès aujourd’hui. Entre une gauche couchée à l’Assemblée Nationale pour trahir celles et ceux qui l’ont élu, et une gauche assise dans une multiplicité de fauteuils de conseils divers et variés.

Les uns comme les autres prétendent d’en haut vouloir faire le bonheur du peuple d’en bas, et demandent à tous de se rallier à leur panache blanc.

Cette alternative est un monstre d’autant plus absurde, quand tant de gens se lèvent en ce moment pour revendiquer leur droit à vivre, jour comme nuit debout !

De nos monstres à tous est né le rejet massif des urnes par nos concitoyens.

De nos monstres peut renaître le pire : « la bête immonde » dont parlait Bertolt Brecht.

Je ne peux pas m’y résigner. Même si je ne sais pas plus que les autres comment faire.

J’ai reçu ces derniers jours de nombreuses marques de sympathie et d’affection. Des sollicitations aussi, de celles et ceux qui voudraient bien jeter l’eau sale du bain, sans jeter pour autant le bébé. Et je ne ferme la porte à rien.

Mais je crois surtout qu’il faut que nos concitoyens s’emparent collectivement des débats, des enjeux, des indignations, des décisions et du pouvoir. Qu’ils ne laissent aucun d’entre nous décider en vase clos, seul ou en petits comités, de ce qui serait bon pour tous.

Je crois en la vertu de l’intelligence collective. Et même si c’est difficile et que les obstacles sont nombreux, je souhaite y contribuer.

Notre ville est riche de ses diversités. Aussi je voudrais pour conclure donner la parole à un autre poète, Turc celui-là, Nazim Hikmet :

« Le chevalier de l’éternelle jeunesse

Suivit, vers la cinquantaine

La raison qui battait dans son cœur.

Il partit un beau matin de juillet

Pour reconquérir le beau, le vrai et le juste.

Devant lui était le monde

Avec ses géants absurdes et abjects

Et sous lui c’était la Rossinante

Triste et héroïque.

Je sais,

Une fois qu’on tombe dans cette passion

Et qu’on a un cœur d’un poids respectable

Il n’y a rien à faire, mon Don Quichotte, rien à faire,

Il faut se battre avec des moulins à vent.

Tu as raison,

Dulcinée est la plus belle femme du monde,

Bien sûr qu’il fallait crier cela

À la figure des petits marchands de rien du tout,

Et te rouer de coups,

Mais tu es l’invincible chevalier de la soif

Tu continueras à vivre comme une flamme

Dans ta lourde coquille de fer

Et Dulcinée sera chaque jour plus belle. »

Pour moi ce soir, Dulcinée a un nom : Saint-Denis.

Tag(s) : #Saint-Denis, #Elus, #Débats, #Logement, #Didier Paillard, #Front de gauche, #PCF-FDG, #PCF

Partager cet article

Repost 0