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Ce matin avait lieu un conseil municipal consacré pour l'essentiel au remplacement du maire. Sans surprise.

Ou plutôt si, deux surprises en fait...

La première est une manifestation du personnel communal devant la mairie, à l'appel d'une intersyndicale, d'organisations unies comme je n'ai jamais vu jusqu'ici depuis le début du mandat, pour défendre leurs droits.

La seconde est que le vote m'a donné tort sur un point : j'ai dit dans mon intervention au conseil (que je publie intégralement ci-dessous) que je me portais candidat à la fonction de maire bien que n'ayant aucune chance d'avoir d'autres voix que la mienne dans ce petit Monopoly qui se joue dans l’entre-soi en cercle fermé.

Mais en fait je me suis trompé : une seconde voix a rejoint la mienne. Qui vient forcément de la majorité puisque le groupe PS a refusé de participer au vote et quitté la séance.

Par ma candidature, j'ai voulu affirmer l'urgente nécessité qu'il y à faire émerger une alternative à cette situation désespérante, d'une ville populaire coincée entre une gauche —le PS— qui ne tient pas ses engagements et une autre —la nôtre— qui s'oublie à peine parvenue à la moitié du mandat que lui ont confié ses électeurs/trices. Les uns et les autres nourrissant le terreau sur lesquels poussent les populismes.

Vous trouverez ci dessous l'intégralité de mon intervention au conseil :

Mes chers concitoyennes et concitoyens,

La gauche est un champ de ruines.

Enfermée entre d’une part une gauche gouvernementale élue pour des politiques de gauche, qui s’obstine depuis 5 ans à livrer le monde du travail et les milieux populaires dépouillés de leurs droits, aux puissances de l’argent et de la finance. Et d’autre part une gauche qui se veut plus à gauche. Mais est incapable de construire une alternative et d’assumer l’espoir qu’elle avait fait naître en 2012. Une gauche qui s’enferme de mois en mois dans ses divisions, dans des replis sectaires, dans la recherche d’une solution de secours chez d’anciens zélotes gouvernementaux fraichement convertis à la fronde. Ou dans des insoumissions de pacotilles qui après avoir agitées le drapeau d’une VIè République abattant la précédente, ne trouvent rien de mieux à faire que de se ranger derrière un « homme providentiel », dans la pure tradition de la Vè.

Le piège s’est refermé. Et nous sommes enfermés dedans.

Tous s’entendent sur un point : Culpabiliser les femmes et les hommes de gauche qu’ils ont conduit dans le mur et qui assistent effarés à ce spectacle. Ceci au motif que le pire d’en face justifie à lui seul d’être aveugle à leurs propres impasses. Par ce discours culpabilisant ils réduisent le débat à une équation binaire : si on est pas pour eux alors c’est qu’on est avec les autres. C’est caricatural, lamentable et désespérant.

Et pourtant c’est vrai que l’en-face fait peur. Car entre une extrême droite remaquillée comme une voiture volée et une droite qui annonce vouloir être élue pour mener des politiques de droite et le fera, on sait déjà qui payera la facture : les milieux populaires.

Sans véritable bonne solution, il va falloir que chacune et chacun se débrouille avec ça. Au mieux. En fonction de ses valeurs, de sa conscience, de son expérience, de son intelligence et des intelligences collectives… En tout état de cause, le refus de la culpabilisation imposée par la pensée binaire est un bon début pour construire de nouvelles alternatives.

Dans cet univers kafkaïen, Saint-Denis pourrait « dire l’avenir », pour reprendre le mot du poète, enfant de notre ville, Paul Éluard. Nous aurions pu porter d’autres ambitions, d’autres pratiques, d’autres perspectives, d’autres espoirs… Ce ne sera pas le cas ce matin.

Aujourd’hui, Saint-Denis aurait pu dire l’avenir. Elle ne fait que bégayer son passé.

Pour inventer l’avenir il eu fallu se souvenir que nous sommes aujourd’hui presque à la moitié du mandat municipal. Et que le moment était venu de nous tourner directement vers nos concitoyens et concitoyennes pour tirer un bilan sans concession de notre action. Et pour avoir un vrai débat autour de ce bilan.

« En politique comme en amour, ce sont les actes qui comptent » écrivait Didier Paillard en 2014, dans son éditorial du document de projet municipal. Il avait raison.

Et il ne tenait qu’à nous aujourd’hui d’organiser des réunions publiques, dans la ville et les quartiers. Nous aurions pu y soumettre à la critique les 3 années de mise en œuvre du projet municipal. Nous aurions pu y expliquer ce qui a pu avancer, ce qui fait blocage, les difficultés rencontrées, prévisibles ou pas. Nous aurions pu y soumettre à la critique notre travail d’élus ; collectivement et individuellement. Nous aurions pu rendre des comptes, écouter, expliquer…

En somme, nous aurions pu donner la parole aux dionysiens et dionysiennes.

Et à partir de là, élaborer ensemble notre « feuille de route » pour la seconde partie du mandat, en revisitant au besoin les priorités. Dans ce cadre là, nous aurions pu aussi revoir la répartition des délégations pour permettre un renouvellement et confier plus de responsabilités à des femmes et des hommes qui se sont révélés ces trois dernières années ; et en retirer à d’autres qui auraient un peu marqué le pas. Où souhaiteraient en avoir moins, comme c’est le cas du maire aujourd’hui.

Ça ne sera pas le cas. La séance du conseil municipal de ce matin, c’est l’histoire d’une occasion manquée, d’un rendez-vous raté avec l’Histoire de notre ville.

Ce matin, 55 personnes sont donc appelées à valider au nom de 110.000 dionysiens et dionysiennes qui n’auront pas eu le droit à la parole, le choix d’un petit aréopage. Il n’y a rien d’illégal à cela. C’est même terriblement banal. Nos institutions de ce point de vue « poussent au crime », car elles incitent à procéder de la sorte. Mais « l’usage est souvent un abus » écrivait déjà Beaumarchais. Et si nos institutions permettent de pratiquer de cette façon, elles n’obligent pas à le faire.

Nous pouvions faire autrement, nous avions le choix. Et ce n’est pas le bon choix qui a été fait. Car s’il n’y a pas grand chose à attendre de neuf dans ce domaine de la part de la droite ou du PS, il était légitime d’attendre mieux de notre gauche, que cette triste poursuite d’une tradition bréjnévienne du siècle dernier. Qui au passage nous fait basculer brusquement dans le camp de la gauche qui ne tient pas ses engagements (celle que nous dénoncions jusqu’ici légitimement et avec vigueur), puisque le maire sortant avait dit et redit avec insistance jusqu’ici qu’il irait au bout de son mandat.

J’entends qu’on nous dit aujourd’hui que le départ de Didier Paillard, c’est l’histoire d’un maire sympa. Qui n’est pas « accro » au pouvoir. La preuve ? Il s’en va alors que rien ne l’y oblige. Au bout de 40 ans de mandat municipal dont 12 comme maire. J’imagine que c’est ça qu’on appelle une décision mûrement réfléchie ?

« Qui veut méfaire trouve une excuse ou une autre » dit un proverbe breton. Et pour opérer le remplacement du maire, l’affichage d’un renouvellement relève surtout de l’excuse. Car en la matière disons-le tout net, le compte n’y est pas.

Didier Paillard l’a d’ailleurs déjà un peu dit lui-même au conseil municipal du 29 septembre en annonçant son intention de rester au bureau communautaire de Plaine Commune. Et que dire des membres de l’équipe municipale qui ont déjà derrière eux 2 ou 3 mandats municipaux voire plus ? Et qui s’accrochent aux exécutifs comme la bernique à son rocher ?

Oui l’objectif est louable. Salutaire, je dirai même. Mais il ne sera pas au rendez-vous ce matin. Et la sagesse bretonne ne s’y est pas trompée, qui dit aussi qu’ « un mensonge bien peint est semblable à la vérité ». En matière de renouvellement, la vérité est que l’essentiel restera à faire après ce conseil.

J’ai une profonde admiration pour les générations qui ont donné à notre ville son identité forte, populaire, ouvrière et communiste. Ma reconnaissance va ici aux femmes et aux hommes qui ont lutté avec le Front Populaire dans les usines de la Plaine et ailleurs pour donner corps à leurs utopies. À celles et ceux qui ont affronté avec un courage incroyable les bandes fascistes de Doriot avant-guerre. À celles et ceux qui ont pris le chemin de l’Espagne pour défendre la République assassinée. À celles et ceux qui ont pris le chemin des ombres pour résister à l’occupant Nazi. À celles et ceux qui, la Liberté reconquise en France ont rêvé d’Égalité, et en Fraternité, se sont consacrés à aider les peuples colonisés à reconquérir la leur.

À elles toutes et à eux tous, communistes souvent mais pas uniquement, je voue une admiration sans borne et une fidélité sans faille. Car pour aller au bout de leurs valeurs et de leurs engagements, ils ont souvent payé le prix du sang et des larmes.

Je suis plus réservé sur celles et ceux qui ont suivi. Et qui ont mis leurs pas dans les pas de papa. Ils ont géré l’héritage, parfois avec brio, mais pas toujours. Le droit d’inventaire est permis. Comme est permis de se demander si certains n’auraient pas un peu contribué à redonner une certaine modernité aux mots de Beaumarchais : « Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez¬-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus… »

Je ne pense pas qu’aujourd’hui il faille seulement changer des hommes et des femmes. Ce qu’il faut changer, ce sont les pratiques, les relations avec nos concitoyens, les façons d’élaborer, de construire et de partager avec elles et eux.

Ce qu’il faut changer, c’est la relation au pouvoir. La relation de ceux et celles qui à force de le détenir finissent par penser qu’ils le valent bien. Et que c’est une raison suffisante pour qu’ils le détiennent. Et la relation aussi de celles et ceux qui à force d’en être écartés finissent par penser que ce n’est pas leur affaire.

Le pourquoi des changements et la façon dont on change comptent autant sinon plus que les hommes et les femmes qu’on change.

Sinon quoi ? Sinon nous ne faisons rien d’autre que ce que décrit Tancredi dans « Le Guépard » ; je cite  : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». Sinon nous nous condamnons à aller d’une alternance à une autre, sans que rien ne soit modifié sur le fond. C’est tout cela qui ne changera pas ce matin.

Cette absence d’alternative peut mener au pire. Qui ne renonce jamais. Nous le savons bien dans notre ville depuis Doriot : la bête immonde est protéiforme et peut à tout moment trouver son chemin.

Alors je souhaite affirmer l’urgente nécessité qu’il y à faire émerger une alternative à cette situation désespérante, d’une ville populaire coincée entre une gauche —le PS— qui ne tient pas ses engagements et une autre —la nôtre— qui s’oublie à peine parvenue à la moitié de son mandat.

Et comme « en politique comme en amour, ce sont les actes qui comptent », il n’y a pour moi qu’une seule façon de le faire aujourd’hui : bien que n’ayant aucune chance ce matin d’avoir d’autres voix que la mienne dans ce petit Monopoly qui se joue dans l’entre soi en cercle fermé, je fais acte de candidature à la fonction de maire.

Dans sa dernière livraison, le journal municipal feint de douter de mon appartenance à la majorité. En fait, à la lecture de cet article je crois surtout que tout le monde n’a pas tout à fait la même conception de ce qu’est une majorité municipale.

Une autre lecture est aussi éclairante de ce point de vue : celle du « Parisien » du 30 septembre où un maire adjoint explique que si le remplacement du maire se confirmait et qu’une majorité se dégageait, il ferait, je cite : « allégeance ». Dans la ville dont nous connaissons tous le lien qu’elle a entretenu dans l’Histoire avec la monarchie, ce mot dans la bouche d’un élu de la République est stupéfiant ! Surtout il en dit long sur la conception qu’ont certains (et sans doute pas uniquement celui qui tient ces propos) de l’exercice d’un mandat électif.

Eh bien mes chers collègues, en reprenant les mots de Jean Marcenac, je le dis avec détermination : notre ville n’est pas seulement celle des rois morts, elle est aussi celle du peuple vivant !

Et ce qui fonde l’appartenance à la majorité municipale, ce n’est pas un système d’allégeance, d’inspiration monarchique. C’est le vote. Le vote de femmes et d’hommes libres ; libres de leurs choix. Qui n’attendent pas de nous que nous partions en vacances ensemble, dans la joie et la bonne humeur. Mais qui ont élu une majorité dont ils savaient qu’elle n’avait pas une unité de vues sur tout. Et que sur bien des choses, chacun ici porte des valeurs et des idées différentes.

Ce qu’attendent de nous nos concitoyens c’est que nous portions sur 6 ans et avec eux un projet municipal, qu’ils ont contribué à élaborer et qui nous engage toutes et tous. C’est cela qui cimente la majorité municipale. Et rien d’autre.

Il n’appartient donc à personne de s’ériger en « arbitre des élégances » pour décider qui serait autorisé à appartenir à la majorité ou pas : L’appartenance est de fait. Pour toutes celles et tout ceux qui ont été élus sur la liste « Ensemble nous sommes Saint-Denis ». À moins que les intéressés eux-mêmes décident de quitter la majorité.

Ce qui n’est pas mon cas : je suis un élu PCF, Front de Gauche, de la majorité municipale, engagé par le projet municipal de la liste « Ensemble nous sommes Saint-Denis ». Et j’ai bien l’intention de rester tout ça. Même si je m’inquiète un peu de voir certains dans nos rangs projeter d’infléchir entre eux le projet pour lequel nous avons été élus. Et conduire peut-être ainsi la majorité municipale à ne plus être un jour tout à fait la majorité municipale.

La gauche est un champ de ruine, ai-je commencé par dire. Il faudra bien un jour qu’elle se ressaisisse, ajouterai-je.

Dans cette ville où nos concitoyens et nos concitoyennes votent à 80% à gauche, la lutte des égos et des places a trop pris le dessus sur les intérêts des dionysiens. Il y a entre nous de grandes différences de points de vue, d’idées et d’actes. C’est l’évidence. Mais entre les milliers de dionysiens et de dionysiennes qui font vibrer le cœur de la gauche, il y a aussi d’immenses points de vue convergeant. Surtout, d’immenses intérêts communs. Ça aussi c’est l’évidence.

Et il y a urgence à s’en souvenir. Tout particulièrement à l’heure où la droite s’apprête à revenir au pouvoir sur les ruines de nos désastres. Sinon, nous courrons à l’abîme. Et c’est toute la population de notre ville qui aura à en souffrir.

À dire vrai, je suis pessimiste sur la possibilité que ce sursaut vienne de nos rangs d’élus.

Mais j’ai l’espoir que ce que les parents d’élèves de notre ville sont parvenus à faire avec leurs associations et en particulier « les Bonnets d’ânes », puisse germer. Grâce à leur action, nous avons pu cette année mettre la rentrée scolaire « sous contrôle citoyen ». Je crois qu’une partie de la solution est là : que les dionysiennes et les dionysiens placent leurs représentants élus, tous sans exception, sous contrôle citoyen. Et « prennent le pouvoir », comme nous étions beaucoup ici à en avoir le projet en 2012.

Pour conclure, et sans m’excuser d’avoir été trop long —car je porte ici la voix de femmes et d’hommes qui en sont privés—, parce que nous vivons de pain et d’eau mais aussi d’utopies, je voudrais mettre peu d’amour (et aussi d’autres choses) dans ce conseil, en donnant la parole à un enfant de notre ville que j’ai déjà cité, Paul Éluard :

« Entre tous mes tourments entre la mort et moi

Entre mon désespoir et la raison de vivre

Il y a l’injustice et ce malheur des hommes

Que je ne peux admettre il y a ma colère

 

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne

Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce

Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir

Pour tous les innocents qui haïssent le mal

 

La lumière toujours est tout près de s’éteindre

La vie toujours s’apprête à devenir fumier

Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini

Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

 

Et la chaleur aura raison des égoïstes

Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas

J’entends le feu parler en riant de tiédeur

J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

 

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible

Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé

Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure

Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue. »

Tag(s) : #Saint-Denis, #Elus, #Elections, #Didier Paillard, #Laurent Russier, #PCF-FDG, #Débats, #Front de gauche

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