Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La vraie bonne nouvelle du scrutin convenu des sénatoriales de dimanche est que des citoyen-ne-s de gauche décident de s'en mêler directement. Et partout, à chaque fois qu'ils le peuvent, partent à l'abordage pour contester les responsabilités et le pouvoir à « ceux et celles qui à force de le détenir finissent par penser qu’ils le valent bien. Et que c’est une raison suffisante pour qu’ils le détiennent. »
Ils ont raison. Hisse et oh ! Continuons.

Philippe Caro

Vote des "Grands Électeurs" à la préfecture de Bobigny.

À l'issue du vote des "Grands Électeurs" aux sénatoriales la droite est renforcée. Le PS se tasse mais ne s'effondre pas. Mon Parti, le PCF, perd 6 sénateurs sur ses 18 mais sauve son groupe. Les Verts n'ont plus que 4 élus. Les Macronistes sont à peu près au même nombre qu'avant le scrutin de dimanche. Et le résultat du FN est marginal.

Je ne reviens pas sur ce que je pense de cette coûteuse aberration démocratique qu'est le Sénat. Dont seule la suppression peut rendre service à la Nation. Car vous pouvez la lire ou la relire dans ma "Lettre ouverte aux grands électeurs et grandes électrices" le 20 septembre.

Mais j'entends ou je lis aujourd'hui certains qui dissertent sur les résultats. Et plusieurs dire qu'ils marquent un « coup d'arrêt » à Macron. C'est pour le moins une erreur, sinon une faute.

Loin d'être un coup de frein pour Macron, les résultats de dimanche vont être un coup d'accélérateur !

Chacun s'accordera qu'à des niveaux évidemment différents, les grands gagnants des dernières élections présidentielles et législatives sont d'abord Macron, élu. Mais aussi la Le Pen dont il reste malgré son réjouissant échec du second tour qu'elle s'y est hissée. Et enfin Mélanchon, qui s'est imposé avec force dans le paysage.

Or à l'issue du vote de dimanche, le Parti de Macron fait un score médiocre, le FN n'a que 2 sièges et les Mélenchonistes aucun. Sans doute depuis le début de l'été, les choses évoluent et quelques-uns commencent à prendre l'eau. C'est le principe de réalité. Mais le soleil estival a-t-il fait fondre à ce point les dynamiques politiques du début de l'été ? Certainement pas.

Ces résultats confirment en fait ce que j'écrivais sur cette assemblée aberrante sur le plan démocratique : le système des grands électeurs forge des scrutins convenus. Et traduit surtout les évolutions survenues dans des scrutins municipaux précédents. C'est à dire il y a trois ans, en 2014.

C'est sans doute une bonne nouvelle pour les soutiens de Mélenchon. Qui sont rayés de la carte du Sénat mais pas du paysage politique.

C'est en revanche une très mauvaise nouvelle pour notre peuple. Car c'est le camp des réacs de tous poils qui sort renforcé. Et il n'y a aucun doute qu'au Sénat Macron trouvera facilement avec la Droite les majorités de circonstances pour faire passer ses projets anti-sociaux.

C'est donc toutes voiles dehors que la droite maquillée de Macron va pouvoir s'accoquiner avec la Droite sans masque. Et loin d'être un coup de frein pour Macron, les résultats de dimanche vont être un coup d'accélérateur ! On sait déjà qui va payer la facture : les milieux populaires !

Dans notre département comme ailleurs, le scrutin est convenu : ce sont essentiellement les conseils municipaux élus en 2014 qui désignent les Sénateurs/trices. Ce qui laisse peu de place aux évolutions intervenues depuis trois ans.

Et le résultat est préoccupant :

  • La Droite (LR) arrive largement en tête avec 26,3% et deux élus. L'UDI obtient deux élus (1). LREM qui fait 8,01% n'a pas d'élu. Les autres listes (dissidents de droite et FN) non plus. Mais tout confondu, en Seine-Saint-Denis les réacs passent la barre des 50% de cinq dixièmes !
  • Dans le bateau ivre qu'est la Gauche, le PCF récolte les fruits des victoires électorales de 2014 aux municipales (avec en particulier les victoires à Montreuil et Aubervilliers) et profite de la division du PS en deux listes (l'officielle et la dissidente) pour gagner un élu. Les Verts qui s'étaient rangés sous la bannière du PS (qui conserve son élu) perdent leur siège au Sénat.

Alors, dans un système électoral qui —ton sur ton avec le Sénat— sent le rance, le score réalisé en Seine-Saint-Denis par la petite liste citoyenne de gauche (qui avait mon soutien) conduite par Anina Ciuciu est rafraîchissant. Car quand le mode de scrutin verrouillé ne lui promettait qu'un score avoisinant les 0%, elle parvient à réunir 3,58% des suffrages des "Grands Électeurs". Bien mieux que le FN, le droitier Éric Raoult ou le PRG.

Dans cette élection convenue l'irruption de citoyen-ne-s qui décident de s'en mêler est une bonne nouvelle. Cette démarche voisine celle qui a été la mienne lors des dernières Législatives. Et donne un prolongement à ce que je déclarais dans mon discours du 3 décembre 2016 à l'occasion du changement de maire de Saint-Denis :

« Je ne pense pas qu’aujourd’hui il faille seulement changer des hommes et des femmes. Ce qu’il faut changer, ce sont les pratiques, les relations avec nos concitoyens, les façons d’élaborer, de construire et de partager avec elles et eux.

Ce qu’il faut changer, c’est la relation au pouvoir. La relation de ceux et celles qui à force de le détenir finissent par penser qu’ils le valent bien. Et que c’est une raison suffisante pour qu’ils le détiennent. Et la relation aussi de celles et ceux qui à force d’en être écartés finissent par penser que ce n’est pas leur affaire.

Le pourquoi des changements et la façon dont on change comptent autant sinon plus que les hommes et les femmes qu’on change.

Sinon quoi ? Sinon nous ne faisons rien d’autre que ce que décrit Tancredi dans « Le Guépard » ; je cite : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». Sinon nous nous condamnons à aller d’une alternance à une autre, sans que rien ne soit modifié sur le fond. C’est tout cela qui ne changera pas ce matin.

Cette absence d’alternative peut mener au pire. Qui ne renonce jamais. Nous le savons bien dans notre ville depuis Doriot : la bête immonde est protéiforme et peut à tout moment trouver son chemin.

Alors je souhaite affirmer l’urgente nécessité qu’il y à faire émerger une alternative à cette situation désespérante, d’une ville populaire coincée entre une gauche —le PS— qui ne tient pas ses engagements et une autre —la nôtre— qui s’oublie à peine parvenue à la moitié de son mandat. »

La vraie bonne nouvelle du scrutin convenu des sénatoriales de dimanche est que des citoyen-ne-s de gauche décident de s'en mêler directement. Et partout, à chaque fois qu'ils le peuvent, partent à l'abordage pour contester les responsabilités et le pouvoir à « ceux et celles qui à force de le détenir finissent par penser qu’ils le valent bien. Et que c’est une raison suffisante pour qu’ils le détiennent. »

Ils ont raison. Hisse et oh ! Continuons.

(1). Au moment de la rédaction de billet  les infos dont je disposais donnaient deux élus à l'UDI. Qui n'en a en fait qu'un. Ce qu'indiquent bien les tableaux que je publie dans mon billet du 29 septembre 2017. Qui sont fondé sur les résultats officiels publiés par le ministère de l'Intérieur. (Précision ajoutée le 30 septembre 2017).

Tag(s) : #Saint-Denis, #Seine-Saint-Denis, #Sénatoriales2017, #Débats, #Elections, #Elus

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :