Au conseil municipal d'hier soir, j'ai tiré les conséquences de l'évolution du groupe Front de gauche qui s'est éloigné de plus en plus ces derniers mois de ce qu'il avait l'ambition d'être à l'origine : Un vrai lieu de construction et d’élaboration collectives, en lien avec celles et ceux qui nous ont élus et nos concitoyens en général, où toutes les composantes du Front de gauche (militant-e-s et formations politiques) qui le composent seraient unis et rassemblés pour porter le projet municipal.« En juin dernier, alors que je constatais qu’il n’y avait plus de groupe Europe Écologie Les Verts au conseil municipal, faute de combattants, j’ai indiqué que sans vouloir rentrer dans leurs débats internes, il me paraissait toutefois légitime qu’une composante importante de notre majorité puisse se constituer en groupe si elle le désire. Et par voie de conséquence, que j’étais favorable à l’abaissement dans notre règlement intérieur du seuil du nombre d’élus nécessaires pour constituer ce groupe. Je vais donc évidemment voter pour la proposition qui nous est faite ce soir d’abaisser le seuil nécessaire à la constitution d’un groupe d’élus.
Ceci étant, puisque cette délibération pose la question des groupes au sein de notre assemblée, je souhaiterai tirer les enseignements des nombreuses évolutions survenues derniers mois en ce domaine. En particulier pour le groupe qui me concerne, le groupe Front de gauche.
La décision de constitution d’un seul groupe «Front de Gauche» regroupant toutes les sensibilités de ce Front, n’allait pas de soi. Elle n’est pas le fruit de décisions individuelles prises après les élections. Il s’agissait d’une décision collective, prises lors de la campagne électorale de 2014 par toutes les composantes du Front de gauche, ce qui comprend les organisations comme la mienne (le PCF) et les militants qui n’étaient pas engagés dans un Parti. C’est d’ailleurs une proposition que j’ai portée en 2014 pour le PCF.
Nous voulions, au nom des centaines de militantes et militants qui ont élaboré le projet municipal, nous ont choisi pour le porter et se sont mobilisés pour que nous soyons élus ; être unis et rassemblés pour le mettre en œuvre, en lien étroit avec nos concitoyens.
La décision de 5 élus « Ensemble » en juin dernier de quitter le groupe qui nous était commun a mis fin à ce beau projet. Je regrette leur décision.
Mais je ne peux pas leur en vouloir. Car quelques mois plus tôt, c’est mon parti, le PCF, qui a plongé en coma dépassé un Front de gauche déjà souffrant dans la ville, en imposant unilatéralement son candidat à l’élection législative. Je regrette cela aussi.
Où en sommes nous aujourd’hui ?
Eh bien, le groupe Front de gauche a réussi une performance ces dernières semaines qui résume assez bien où il en est :
Lors du conseil municipal du 29 septembre dernier, mon groupe a porté un vœu concernant les suppressions d’emplois à SFR. Lequel a été adopté à l’unanimité, ce qui n’est pas si fréquent.
Pour que ce vœu ne soit pas un vœu pieux de plus, comme nous en avons voté ici tant, j’avais proposé lors de ce même conseil qu’il soit imprimé pour être diffusé aux salariés du site dionysien de SFR. Et qu’autour du maire, nous soyons tous rassemblés pour cette distribution.
En somme, je proposais que dans l’intérêt des salariés dont l’emploi est menacé, nous sortions des jeux de postures qu’il y a parfois au sein de cette assemblée, pour passer aux actes.
Depuis, le vœu a bien été imprimé.
Mais le rassemblement auquel nous étions parvenus pour l’adopter a été balayé par le maire et le groupe Front de gauche. Lesquels ont bien organisé une distribution devant SFR. En prévenant tous les élus du groupe. Sauf moi.
Si les autres élus de la majorité municipale ont été sollicités, je n’en ai pas non plus été informé. Pas plus que de l’information qui aurait été faite ou pas à l’opposition municipale.
Résultat, ce sont mes camarades du PCF qui ont assuré cette distribution. Et je les en remercie.
Mais j’étais le seul élu présent avec eux, à l’exception notable de notre collègue Bally Bagayoko, qui a passé un quart d’heure avec nous. Personne d’autre venant de cette assemblée : Ni Front de gauche, ni d’un autre groupe de la majorité, ni de l’opposition.
C’est ubuesque. Tellement que ça ne mériterait pas d’être évoqué ici, dans ce conseil, si le sujet n’était pas si grave.
Car nous parlons ici et dans ce vœu de milliers de suppressions d’emplois dans notre ville ; de milliers de salariés qui vont vivre des mois d’angoisse ; de vies qui seront abîmées, comme en témoigne d’ailleurs très bien un article du JSD de cette semaine. Nous parlons aussi d’un « paquebot neuf de bureaux » qui pourrait se retrouver vide à brève échéance. Nous parlons de modes de gestions de grandes entreprises, où le moteur des décisions n’est pas industriel mais essentiellement capitalistique, qui interrogent notre modèle de développement économique et urbain.
Bref, alors que ce qui se passe à SFR est grave, une mobilisation rassemblée de toute la ville et de tout son conseil municipal autour de son maire avait un sens. Il s’agissait d’un symbole fort.
Au lieu de ça, d’aucuns s’égarent dans de petits calculs politiciens et boutiquiers. C’est affligeant. Et indigne des souffrances que subissent les salariés menacés. Quand l’enjeu est si crucial, c’est une faute : il n’est plus seulement question ici de postures, mais d’imposture.
Alors ce soir je tire les leçons des évolutions de ces derniers mois :
• Le groupe Front de gauche n’a jamais réussi depuis sa création à être un vrai lieu de construction et d’élaboration collectives de la mise en œuvre du projet municipal, en lien avec celles et ceux qui nous ont élus et nos concitoyens en général.
• Le projet de groupe Front de gauche qui résultait de la volonté des militants et des formations qui le composent d’être unis et rassemblés pour porter le projet municipal, a volé en éclat avec le départ en juin dernier de 5 de ses membres.
• Le groupe Front de gauche s’égare aujourd’hui pour de petits calculs politiciens et boutiquiers, indignes des souffrances des salariés, qui n’ont plus rien à voir avec l’ambition que nous avons la charge de porter au nom de celles et ceux qui nous ont élus.
Aussi, si je réaffirme être un élu PCF, Front de gauche, je réaffirme mon attachement au projet municipal pour lequel, comme chaque membre de la majorité, j’ai été élu. Et je réaffirme en conséquence mon appartenance à la majorité municipale.
Mais à partir de ce soir, je porte à votre connaissance monsieur le maire, conformément à l’article 6-2 de notre règlement intérieur, que je rejoins la cohorte des collègues de la majorité « non-inscrits à un groupe ». »
/image%2F0993728%2F20230825%2Fob_ae538a_portrait2.png)