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Je ne suis pas favorable au remplacement du maire de Saint-Denis par Laurent Russier

Dans les arrière-cuisines de la mairie un aréopage prépare un changement majeur pour notre ville : le remplacement du maire par un autre ; de Didier Paillard, avec lequel nous nous sommes engagés en 2014, par Laurent Russier.

Ni vous ni moi ne faisons partie des initiés. À l’heure où j’écris ces lignes, la majeure partie des les élus et groupes de la majorité municipale ne le savent pas encore. Officiellement. Et pourtant le changement doit se faire avant la fin de l'année.

Je ne suis pas favorable à ce remplacement. Voici pourquoi.

Mon désaccord ne porte à ce stade pas tant sur le nom du remplaçant, même si cela soulève aussi une question : depuis le début du mandat, l’impétrant est président du groupe Front de gauche. Comme tel, il s’est révélé incapable d’imprimer un travail collectif à notre groupe et de maintenir son unité : 5 élus l'ont quitté au printemps dernier. Je ne crois donc pas à sa capacité à impulser un travail collectif à une majorité diverse, alors qu’il a échoué à le faire au sein de notre groupe.

En fait, mon désaccord est principalement ailleurs.

Il porte en premier lieu sur le fait certains veulent nous mettre devant le fait accompli. Il est vrai que Patrick Braouezec a succédé à Marcelin Berthelot dans des conditions similaires ; et ensuite Didier Paillard à Patrick Braouezec. Mais je suis atterré que cette tradition d’inspiration Brejnévienne puisse se poursuivre à notre époque.

Par ailleurs, notre équipe municipale a été élue dans sa diversité autour d’un projet élaboré collectivement par de nombreux acteurs et actrices de la ville, par des militant-e-s de la campagne électorale. Ils et elles, ainsi que les électrices et électeurs qui nous ont fait confiance, ont mandaté pour porter ce projet une équipe conduite par un chef de file. Qui s’est engagé à assumer son mandat jusqu’à son terme.

Son engagement, Didier Paillard l’a renouvelé explicitement en septembre de l’an dernier dans une interview au Journal de Saint-Denis.

Depuis un peu plus de deux ans, autour du maire nous portons donc avec insistance « l’ambition d’une gauche qui tient ses engagements ». Par opposition à celle, gouvernementale, qui trahit ses électeurs. Dans un contexte où la défiance envers les élu-e-s en général est forte (et très souvent injuste) parmi nos concitoyens, je suis profondément et viscéralement attaché à cette valeur.

Je comprends que la période soit difficile. La gauche dans son ensemble est en bien mauvais état, divisée, atomisée, découragée, trahie... C’est aussi le cas de la majorité municipale, tiraillée par ses contradictions et quelques ambitions mal placées. Dans ce contexte, de la part de Didier Paillard la décision qui se prépare ressemble surtout à un chauve qui peut. D’autant plus désolant que la droite et son extrême sont en embuscade, prêtes à dérouler leurs projets dévastateurs partout où ils le pourront. Et notamment dans notre ville où ce sont les populations les plus fragiles qui paieront le prix le plus lourd.

Si des évolutions il doit y avoir dans le projet municipal, elles ne peuvent-être que réfléchies et construites avec les militant-e-s et les citoyen-e-s qui ont élaboré le projet municipal et nous ont confié la mission de le porter au conseil municipal. Car l’engagement municipal de la majorité est un ensemble : des militant-e-s, des citoyen-ne-s, un projet, une équipe, et un chef de file. Et il n’est pas acceptable qu’il soit confisqué par un aréopage.

En ne tenant pas sa parole —réaffirmée avec force l’an dernier— d’aller au bout de son mandat, le maire nous placerait tous dans le camp des menteurs.

C'est de ce seul fait plus qu'un coup de canif dans le contrat moral qui lie notre équipe à elle-même, à ses engagements, à ses électeurs et électrices, à ses militant-e-s et à l’ensemble de nos concitoyen-ne-s : c'est une rupture de contrat.

Personne ne fera de moi un menteur. Je ne serai en ce qui me concerne pas d'une gauche qui ment et ne tient pas ses engagements. Je ne permettrai pas que des petits arrangements entre amis privent les Dionyien-ne-s de leurs votes, de leurs droits à choisir et à prendre une part active dans les choix qui les concernent et engagent leur ville.

J'espère que la sagesse l'emportera. Cet article que vous lisez peut peut-être encore modifier le cours des choses. Plus encore : les remarques que vous ferez à vos élus. Et à inciter à ne pas mettre en œuvre cette décision, fut-ce au prix d'un léger rétropédalage.

Dans le cas contraire, si la sagesse ne l'emportait pas, je m’attacherai dans les 4 ans qui viennent à contribuer à faire émerger une alternative à cette situation désespérante : celle d'une ville populaire coincée entre une gauche —le PS— qui ne tient pas ses engagements ; et une autre —la mienne— qui y aurait renoncé au bout de deux ans. Les uns et les autres nourrissant de la sorte la désespérance et le terreau sur lesquels poussent les populismes en embuscade.

Si la sagesse ne l'emportait pas, et pour commencer à ouvrir le chemin de cette construction je refuserai le consensus. Et bien que n’ayant aucune chance dans ce petit Monopoly qui se joue dans l’entre-soi en cercle fermé avec les mêmes depuis 10, 20 ou 30 ans, je serai candidat à la fonction de maire lors d’un vote éventuel par le conseil municipal.

Enfin si la sagesse ne l'emportait pas, j’envisagerai aussi dans les mois qui viennent l’éventualité d'une candidature aux prochaines élections législatives à Saint-Denis, si elle s’avérait de nature à permettre de faire grandir les débats pour construire une alternative à cette situation.

Tag(s) : #Saint-Denis, #Didier Paillard, #Elus, #Elections, #Débats

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